Préface
« Et deux enfants
/
Trop pales/ Immobiles dans l’ombre/ Se demandent
pourquoi... »
Avec ces vers tracés en page ultime, nous faisons retour au
titre « L’aube des brûlures », comme une boucle qui traverserait le
ciel, rouge, gris, d’une passion.
Bien des raisons militent en faveur de ce recueil:
j’en évoquerai quelques unes.
Le fil conducteur de l’ouvrage ne nous est pas imposé, mais
suggéré : tout se passe comme si l’on assistait à l’histoire d’un amour
des ses débuts, où le bonheur est « presque » atteint, à sa conclusion.
Fort heureusement, nous ne nous retrouvons pas englués dans un narratif
pesant : devant nous se déroule une esquisse de récit transcrite en langue
poétique. Protégées par un voile pudique, se profilent, au fil des pages,
l’intimité d’un couple et sa tumultueuse relation. Par petites touches,
sans manichéisme aucun, l’auteur nous admet dans son univers de
personnages entraperçus, laissant ainsi toute sa carrière à l’imagination
du lecteur.
On décèle une vraie originalité dans le maniement des
contrastes : le terme moderne, argotique de « kiffer» fait bon ménage avec
les recherches formelles d’une écriture soignée et maîtrisée
« Tu regardes/ S ‘englouti r/ Tes alarmes/ Aux douves du
remords.»
Nous découvrons de superbes images, par exemple
« Les arbres se cloisonnent/ Japonisant le ciel
.»
ou encore:
« La buée du désir/ Emperle les murs nus. »
De remarquables allitérations rendent palpables la violence
« Horrible hure nue/ Se hissant des cavernes/ Près des
hauts lacs hantés/ De haletantes hordes. »
Et un peu plus loin, des oxymorons comme «
les fleuves qui se figent
», l’élan pulsionnel tari.
Je voudrais relever aussi une autre qualité l’emploi rare
d’adjectifs qui permet de ne pas verser dans le travers du remplissage,
coutumier à quelques poètes. Par le jeu d’un texte ramassé et dense, la
poétesse parvient à faire naître l’émotion, consubstantielle au poème.
Je vous invite donc à lire le beau recueil de Madame Yvonne
Le Meur-Rollet à voix basse, mais aussi à voix haute, pour en goûter toute
la musique.
La qualité de ce grand prix augure bien des destinées du
tout jeune concours du « Manoir des poètes»
Jean-François Blavin.
Poète, Membre de la Société des Gens de Lettres, Sociétaire des Poètes
Français.