Ville morte
La visiteuse arrive dans la petite ville.
La voiture la déposait ici. Ombres, visages
reconnus.
Ses bras, rues. Ses jambes, avenues.
Sa tête carrefour, tertre fleuri de roses.
Bordée d’arbres gardant quelque feuillage.
La ville palpite
à son passage,
Les habitants s’écartent.
Elle avance toujours dans la même
direction.
Reconnaît le garage, la mercerie, à côté,
la pâtisserie.
Pressing, soins de beauté.
Se dresse l’hôtel de ville, plus loin un
parking occupe la place
de l’ancien marché. Sur la vitre d’un
magasin, deux photos.
Ils n’ont rien de terrible, ces
malfaiteurs.
Ses toitures hérissées, ses centaines
de réverbères, la face de l’enfant qui la
montre du doigt,
de sa jambe envoie un ballon.
La pensée de l’intruse
est masque.
Ils ne savent plus rien d’elle,
lui crient,
comme à un chien,
Va !
Hors de cette enceinte où se répercute la
musique de foire.
Tu n’instilleras pas le silence
ni ne donneras aux maisons cet aspect qu’on
leur voit,
délabrées. Ne pénétreras pas chez nous
pour éteindre les lampes,
Tu entends ?
Pas d’oreilles pour vous écouter.
L’orage frappera vos poteaux électriques,
Au coeur détrempé de la forêt, tombés.
Dehors !
et ne viens pas
troubler le repos de nos âmes.
En paix dans leurs berceaux ! Les grands
landaus de cuivre.
Vous ne comprenez pas. Qui sait ce qu’ils
ont raconté sur elle,
tout ce temps écoulé ?
Qui sait ce qu’on lui a dit ? Amère est sa
réponse.
Que veut-elle maintenant de nous ?
« J’explorerai vos comptes. »
Lointaine, difficile, rétive, habitée de
pensées hostiles, sûrement. Devons-nous aller te chercher ?
Oui, venir me chercher.
Ou n’es-tu pas réplique, ce conte… tu sais
bien.
Il n’y a pas de contes à présent.
Oui, venir me chercher.
Elle touche en passant le crépi des
façades, leurs volets aux couleurs délavés.
Les rafales couchent à ras des murs, les
buissons. Fissures, interstices. Elle va
de rue en rue, cherchant celle qui fut
sienne.
Mais le vent est sans voix, elle le sait,
malgré l’hiver précoce.