Ville morte
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Extraits de Notre  légende suivi de rose du  jour, Ville morte, Anne Michel, poète

Ville morte

 

La visiteuse arrive dans la petite ville.

La voiture la déposait ici. Ombres, visages reconnus.

Ses bras, rues. Ses jambes, avenues.

Sa tête carrefour, tertre fleuri de roses.

 

Bordée d’arbres gardant quelque feuillage.

La ville palpite

à son passage,

Les habitants s’écartent.

Elle avance toujours dans la même direction.

 

Reconnaît le garage, la mercerie, à côté, la pâtisserie.

Pressing, soins de beauté.

Se dresse l’hôtel de ville, plus loin un parking occupe la place

de l’ancien marché. Sur la vitre d’un magasin, deux photos.

Ils n’ont rien de terrible, ces malfaiteurs.

 

Ses toitures hérissées, ses centaines

de réverbères, la face de l’enfant qui la montre du doigt,

de sa jambe envoie un ballon.

 

La pensée de l’intruse

est masque.

 

Ils ne savent plus rien d’elle,

lui crient,

comme à un chien,

 

Va !

Hors de cette enceinte où se répercute la musique de foire.

 

Tu n’instilleras pas le silence

ni ne donneras aux maisons cet aspect qu’on leur voit,

délabrées. Ne pénétreras pas chez nous

pour éteindre les lampes,

Tu entends ?

 

Pas d’oreilles pour vous écouter.

L’orage frappera vos poteaux électriques,

Au coeur détrempé de la forêt, tombés.

 

Dehors !

et ne viens pas

troubler le repos de nos âmes.

 

En paix dans leurs berceaux ! Les grands landaus de cuivre.

Vous ne comprenez pas. Qui sait ce qu’ils ont raconté sur elle,

tout ce temps écoulé ?

 

Qui sait ce qu’on lui a dit ? Amère est sa réponse.

Que veut-elle maintenant de nous ?

 

« J’explorerai vos comptes. »

 

Lointaine, difficile, rétive, habitée de pensées hostiles, sûrement. Devons-nous aller te chercher ?

 

Oui, venir me chercher.

 

Ou n’es-tu pas réplique, ce conte… tu sais bien.

 

Il n’y a pas de contes à présent.

Oui, venir me chercher.

 

Elle touche en passant le crépi des façades, leurs volets aux couleurs délavés.

Les rafales couchent à ras des murs, les buissons. Fissures, interstices. Elle va

de rue en rue, cherchant celle qui fut sienne.

 

Mais le vent est sans voix, elle le sait, malgré l’hiver précoce.


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Dernière modification : 12 juin 2008
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