Vae Soli
Des montagnes, des rivières,
Du paradis à l’enfer,
Avec toutes ces filles fières,
Dois-je rester à me taire ?
Le sac et le ressac,
Reviennent les souvenirs
Pêle-mêle en vrac:
La brume et les menhirs,
Le soleil et le raisin.
Les yeux emplis d’ivresse
Sur ce jour sans fin
A mater leurs fesses.
Errant au hasard des chemins
Qui mènent à Pont-Aven
Sous la pluie et le crachin,
Tu t’enivres de chouchen.
Seul dans le vent
Seul l’esprit s’envole
Seul, défile le temps
Seul sans paroles
Entre givre et blizzard,
Tu l’as laissée partir
Et attends, seul, dans ta gare
Sans arriver à saisir.
Devant la Méditerranée,
Avec les moineaux et les pigeons,
Tu laisses aller tes pensées
Flotter dans un miroir sans fond.
Mais il n’y a pas de feinte.
C’est comme une tarte aux myrtilles
Ou encore un verre d’absinthe.
Encore, tu revois ses bas résille.
A tout cela, je cherche un sens.
Mais le faut-il vraiment ? Sans quoi
Je ne sais ce que je pense,
Ni ne connais l’autre qui est en moi
Seul face au temps
Seul, le passé racole
Seul, dans le présent
Seul le futur s’envole
Accoudés ensemble au comptoir,
Débordants d’imagination féconde,
Les poteaux, le temps d’un soir,
Se voient enfin refaire le monde.
L’esprit légèrement embrumé,
Tu ne sais où s’est finie la nuit.
Navré devant ton café serré,
Les belles pensées se sont évanouies.
Le train-train reprend sa place
Dans ce décor si joli.
Mais il faut voir la vérité en face:
Nous sommes bien seuls. Vae Soli!
Le lendemain se rejoue hier,
Toi et moi, sans trop savoir
Tous deux si confiants, si fiers
Chacun de son côté du miroir
Seul l’esprit s’envole
Seul, le temps sans paroles
Seul le temps s’affole
Seul, seul, seul, seul Vae soli