Refus
Lame de fond
Etriper la mer, retrousser ses secrets
Comme on retrousse un gant
Et les jeter face à terre sur la grève.
Eparpiller au vent
Les derniers indices de ce geste indécent
Et s'en aller pour ne pas entendre le râle
De l'écume qui gît.
Râle d'enfant
Et la lame tout au fond de l'oeil
Qui chavire comme un petit manège.
Le couteau de Tell
Guillaume, était loué sans la pomme...
Etouffer dans la nuit
Les derniers soubresauts du visage meurtri
Et s'en aller pour ne pas regarder ternir
La bulle du regard crevée.
Lame qui luit
Bondit de son fourreau en un mouvement
éclair
Lame d'argent au profil impeccable
Lame d'acier dont on essuie le sang.
Trancher dans le flux des paroles
Etêter celui des mots
Qui tentacule au milieu de la phrase
Ne plus rien devoir expliquer.
Lame de verre, au miroir brisé
Infliger des remords.
Ne pas lui pardonner, ne plus se laisser
prendre
Au piège de l'image.
Oublier l'être, perdant du duel
Qu'il se livrait seul à seul
Et s'en aller pour ne plus penser au
visage
Eclaté, morcelé comme un vilain vitrail.
Lame qui venge, humilie, déraisonne
Dicte les intentions et précède le geste.
Essuyer le sang, recueillir les débris sur
la grève
Et ne garder en soi que la révolte.