Une bulle.
Une bulle de savon.
L’enfant, assis sur une marche à l’entrée du jardin, souffle dans l’anneau
à bulles. Maman a rempli de liquide savonneux le précieux flacon.
Lentement, il enfonce puis retire du flacon l’anneau magique à la fragile
paroi vibrante et brillante. Brillante comme ses yeux d’enfant.
Délicatement, maladroitement, il souffle doucement au centre de l’anneau
qui se gonfle en hésitant, puis d’un coup se détache pour son éphémère
course irisée de soleil, de jardin, et de ses yeux d’enfant.
Voila. C’est ainsi. C’est ainsi que j’aimerais que soient reçus mes écrits
(j’ai du mal à dire mes poèmes). Je ne voudrais pas prétendre à autre
chose. Comme l’enfant qui regarde la bulle qui est son œuvre et ne pense à
rien d’autre. Il ne pense qu’aux belles irisations, à la légèreté, à la
course hésitante qui durera jusqu’à ce qu’elle éclate.
Mais qu’elle éclate n’a pas d’importance.
Bien des années après, mes plus belles bulles dansent encore sous mes yeux
émerveillés.
Pierre de Blois