Naufrage
Cette furie de temps qui vient de se lever
A chassé le passant qui musait sur la
rade.
Le ciel s'est chargé de lourds et noirs
nuages
Qui défilent au vent mauvais.
Les fous de bassan, superbes voiliers
blancs
Piquent, plongent et décollent des vagues
Si hautes et fortes qu'elles iront
emporter
La coque qui va faire naufrage.
Elle sombrera vers les hauts-fonds
Qui aspirent en direction des brisants
Et tu te souviendras longtemps
De cette plainte humaine, reprise par les
sirènes
Et dont je cherche encore les tréfonds.
Ouragan fratricide, la mer déchaînée
Est une puissante alliée
Pour anéantir les hommes en détresse.
Dieu, dans son infinie tristesse
Contemple le désastre et absout les noyés.
Dans le port ravagé
Les femmes en noir pleurent
Se lamentent et crient vengeance
A cette meurtrière qui a pris
La coque de noix et ses hommes
Enfant, frère ou mari.
Dans le ciel enfin lavé
Et libérés de leur fardeau
Devenus anges ils s'éparpillent
Et se mêlent aux goélands.
Les femmes, les mères et les filles
N'ont d'yeux que pour ces oiseaux blancs.