Le poème de ma mère
Au seuil de chaque soir elle m'attend avec sa
galette de blé qui végète les écorces des cieux…
Avec sa carafe de baisers qui jalousent la
divinité du miel qui hiberne dans ses yeux…
Avec son henné dorant ses tresses elle mesure
ma marche, sa prière matinale bénit le show de la vie qui s'exhibe sur sa
corde à linge encore humide de sa caresse c'est une nymphe d'un autre
crépuscule, une autre marie plus vierge, plus mienne, plus sienne..
C'est l'enfance de l'enfance, la messe de
l'existence, le testament d'une chrysanthème… une cité d'amour svelte et
parfaite…
Des milliers de moineaux emmottent des bouts
d'émeraude dans ses cheveux où l'éternité élève sa demeure, des pèlerins
rodent autour de ses talons et tous les saints se bousculent sur
l'esplanade de sa couvaison…
Elle a l'age de son sourire, la sainteté de son
rire, des cortèges de dianes cueillent les boules des platanes qui
pendillent dans son regard de paysanne .
Toutes les grâces ornent ses doigts comme des
bagues de soie et des milliers de papillons brodent sa robe d'incantation…
Sa chaire a l'émanation des temples, la couleur
des moissons d'éden ses bras deux fleuves de cerises où les anges et les
titans dorment profondément…
C'est la limite de tout. Même de la mer… C'est
tout simplement ma mère…