Poèmes
Monde où
j'avance la main tendue
les hommes ignorent le poids des rides
l'espoir leur tient lieu de jeunesse
Monde la main tendue et le coeur sur la main
saurai-je boire longtemps encore
le lait tiède des étoiles dans la jatte bleue de la lune
Saurai-je encore longtemps nommer ce que l'on dit
sous la cendre du jour un feu de feuilles mortes
un château rutilant ordonné par l'automne
Saurai-je reconnaître des lèvres dans les ronces
quand les mûres écrasées saignent comme des plaies
Saurai-je dire aux hommes avec des mots de plante
l'immense tristesse du buisson
qui ne sait qu'écorcher lorsqu'il veut caresser
Saurai-je te nommer pudeur
avarice de l'enfance
un pan de ciel dans l'oeil
comme un tableau vivant
Moi qui ai perdu le premier masque de mon visage
dans un village aux pieds d'une forêt
pleine de fraîcheur comme une femme est douce
Vivrai-je encore longtemps comme on apprend à lire
comme on apprend à dire sans chercher à savoir
que la générosité
d'une fleur c'est son parfum.