L_hiatus
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L’hiatus

             Ce terme tiré du latin désigne la rencontre de deux voyelles et signifie « ouverture » et cela est si vrai que lorsqu’il n’y a pas de consonne entre deux voyelles, et qu’il n’y a pas d’élision, la bouche reste ouverte de l’une à l’autre, ce qui est particulièrement désagréable quand la même voyelle est répétée, comme par exemple : « Il va à Alger ». La règle classique est que l’hiatus, permis dans le corps des mots, est interdit entre les mots car il blesse plus ou moins l’oreille par son vilain son qui, de plus, tue la musique du vers. Tous les hiatus ne sont pas pareillement désagréables. Le poète, qui est de nature sensible, sent généralement ce qui est laid à entendre, c’est pourquoi il est recommandé de beaucoup lire et relire ce que l’on a écrit car les fautes se livrent d’elles-mêmes. Lorsqu’on laisse un poème dormir quelque temps et qu’on le reprend, il est rare de ne pas découvrir des malfaçons.

            Il y a aussi l’hiatus de syllabes, qui est tout aussi désagréable, et même Corneille, dans « Polyeucte », a commis deux fois cette faute :

            « Plaignez-vous-en encore » (han-han)

            « Quoique enfin invincible » (hin-hin).

 

            Des exceptions plus ou moins justifiées ont été admises :

            1°) Quand il y a une élision, on admet devant une voyelle les mots que l’on n’admettrait pas devant une consonne. Ex : « Il faut une proie au trépas ».

            2°) Après les interjections, fussent-elles répétées. Ex : Ah ! ah ! oh ! eh ! (mais à éviter.

            3°) Enfin et surtout devant « l’h aspiré ». C’est qu’en effet l’hiatus est une véritable nécessité de « l’h aspiré » puisqu’on ne fait jamais de liaison dans ce cas : le haut, les hauts, c’est pareil, et il ne faut pas y voir d’hiatus.

            Quelques licences sont accordées, comme pour les mots oui (on peut écrire « le oui » ; ouate (in peut écrire « la ouate », onze et huit (on peut écrire « le onze » ou « un huit) mais enfin ce ne sont pas non plus des mots appelés à fréquenter les vers des poètes.

            Nous verrons comment l’élision vient adoucir les « mauvaises rencontres » et c’est ce que Victor Hugo, lui-même, a oublié dans « Cromwell » puisqu’il a écrit :

            « Chassons-le. Arrière, tous ! il faut que j’entretienne »

            Or, la rencontre avec « le » et le « a » du mot « arrière » donne un hiatus ! Donc se méfier de l’impératif.

 

            La poésie classique est ainsi pleine de pièges et si l’on veut y aborder, il faut assimiler les règles les unes après les autres très patiemment.

 

            Façons de contourner l’hiatus :

            « A l’esprit fin au cœur sensible (hin-han)

            A l’esprit vif, au cœur sensible ».

 

            « Tu étais mon seul réconfort (hu-hé)

            N’étais-tu pas mon réconfort ? »

 

La Muse appliquée


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Dernière modification : 12 juin 2008
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