Le ciel, patrie des
astres, paradis des oiseaux, éther pour le poète, symbole de vastitude, de
liberté, d’éternité ! Chaque être est, un jour, en l’observant, fasciné
par sa magnificence. Même le séquoia gigantesque, profondément enraciné
dans le sol californien, tend vers le ciel. Depuis mon enfance, il
m’émerveille et m’attire irrésistiblement.
Aujourd’hui, à 2 500 mètres d’altitude, j’ai l’impression d’être encore
plus près de lui. Une course rapide, l’aile se gonfle, mes pieds quittent
le sol caillouteux et je suis aspirée vers le haut. Eole caresse mon
visage, et dans cet univers silencieux, accompagne mon vol d’une musique
monocorde, envoûtante. Un léger appui sur les suspentes pour stabiliser
l’altitude, et je glisse dans l’air limpide. Les fermettes et alpages
disséminés dans la vallée ne sont plus que des points minuscules et le
petit village au loin, un village pour lilliputiens. L’air vif me grise et
m’enivre, je ferme les yeux de temps à autre, pour mieux goûter la paix et
la béatitude dans cet espace immense où mille points lumineux dansent. Je
suis transportée dans un monde où la matérialité et la médiocrité n’ont
pas leur place. Cette substance subtile que les anciens supposaient
remplir l’espace, ce doit être elle qui m’enivre à ce point, peut-être
elle qui permet au poète de devenir un visionnaire et d’entrer dans une
autre dimension.
L’idée de la mort
m’effleure un instant, sans pour autant m’effrayer ; ici, elle me
semblerait douce. Un oiseau plane plus loin, et moi aussi je plane
au-dessus d’une mer de nuages cotonneux, je suis au paroxysme de
l’émotion, et je pleure…. Mon aile se déstabilise, Eole, léger d’abord,
souffle plus fort me ramenant à la réalité. Je dois redescendre à mon
grand regret, mais en tant que néophyte, le respect du règlement est
impératif. La descente est amorcée. Je peux maintenant distinguer sur la
pente voisine la saillie d’une coupe de sapins, le serpent d’un sentier et
la toiture des fermettes qui m’indiquent que la piste d’atterrissage n’est
plus très loin. Je l’aperçois, je tire sur les suspentes et je me pose en
douceur. Je m’agenouille, j’embrasse la terre qui m’a bien réceptionnée,
mais en regardant le ciel, je n’ai plus qu’un désir : recommencer… ce qui
n’est qu’un rêve ?
Huguette BAYLE
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