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Grand concours 2008 de poésie francophone
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Horia Badescu poète, Anthologie de l'Association Rencontres Européennes - Europoésie, Joël Conte
VIVRE POUR DIRE
Seulement, voilà, être et exister ce n’est pas la même chose. Et si pour apprendre à exister il faut beaucoup de temps, pour apprendre à être il en faut davantage. Car cela présuppose habiter le Monde en étant habiter par lui et que l’on a découvert que le Monde a un Sens ou, plutôt, du Sens. Et que soi-même, comme étant du Monde, l’on participe de ce Sens.
Et si, en apprenant à exister, je suis peut-être à un moment donné parvenu à la littérature, bien des années plus tard, en essayant d’être, en apprenant à être, je suis parvenu, sans jamais y parvenir en vérité, à la poésie. Autrement dit, à ce qui n’est autre que le rappel du Sens dans le Monde. » On le sait très bien, la poésie, n’est rien d’autre que la quête de ce que l’homme sent exister en lui, même s’il ne peut encore le définir de manière certaine, ce dont nous connaissons l’existence sans savoir ce qu’il est, ni comment il est, mais qui donne sens à tout. « Au moyen du verbe, le poète n’exprime pas le réel : il y participe » disait Aldo Pellegrini. Tourné vers les origines et l’originaire mais existant, le poète s’ouvre tout à la fois à l’infini et à ce qui est indéfinissable, au non-oubli et à l’inquiétude. Se situant dans la révélation et non dans le postulat, la poésie demeure un organisme vivant, toujours consonante avec la réalité, avec l’existant dont elle fait partie et qu’elle proclame. Consonante avec le réel aussi, car elle ne proclame pas ce qu’est le monde, mais le fait que celui-ci est, qu’il est l’Etre même dans son mystère tout entier, dans son sacré.
Seulement que, même si la poésie a été toujours là pour témoigner, même si le poète, que souvent personne n’écoute, se trouvait toujours parmi ses semblables pour leur parler de ce qu’ils ont perdu, l’humanité a jugé plus facile à remplacer sa mémoire ontologique par la mémoire existentielle que de se soumettre à la peine de cette quête sans fin de soi-même.
Car exister c’est plus simple que d’être et plus facile d’avoir la conscience de l’altérité que celle de l’identité. L’instinct pousse, l’esprit attend. L’accidentel est au bout des doigts, l’éternité au lointain. L’histoire se ressent et se supporte, le Sens se presse et nous emporte. Le sens dont nous avons un tel besoin, précisément en ces temps où le contingent, avec une insolence tout métaphysique, proclame l’événement comme existence, les mots comme logos, l’information comme connaissance, en ces temps « pauvres » comme les aurait qualifiés Hölderlin, car pauvres en vécu profond, en humanité, en miracle.
A l’époque de l’expansion la plus spectaculaire de l’informatique, à peine trouve-t-on une minute pour apprendre un tant soit peu sur nous-même. A l’ère de la communication interplanétaire, à peine savons-nous encore communiquer entre nous. En ces temps qu’on appelle ceux de la liberté la plus totale de l’homme, nous sommes amenés à constater la confiscation de notre droit fondamental, celui d’être nous-mêmes. Fichés, informatisés, standardisés et soumis à la seul « éthique » du profit, l’on pourrait s’interroger en quoi nous avons progressé quand nous avons perdu le sens ?
Alors quoi faire, nous, les poètes ? Vivre, « vivre pour dire », d’après une expression de Gérad Bayo. Car le rôle de la poésie est de ne pas laisser l’homme seul devant cette immense solitude que la fuite de transcendance et l’expulsion du Sens de la société moderne instaurent jour après jour. De lui dire qu’il est la fête de la création et de l’aider à se fêter soi-même, à assumer un mode d’être qui est valeur.
Chaque poème est un exercice d’auto-initiation dans le difficile art d’exister, dans le difficile métier d’exister et, souvent, d’être. Chacun est un défi adressé au néant et une victoire de la vie. Chacun est la preuve irréfutable que l’homme peut vivre le mystère et le Sens de l’univers et partager son essence et sa raison d’être : l’amour. Celui qui ouvre l’âme au grand réveil qui nous permet de voir la beauté du Monde.
Voilà pourquoi écrire un poème, cela vaut tout ! Continuons à écrire et à vivre et, si c’est possible, continuons à être ! Et surtout continuons à aider les autres de le faire !
Horia BADESCU Président d’Honneur de l’association Rencontres Européennes-Europoésie Service d'aide gratuit à l'autoédition : http://www.editez-vous.com |
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Dernière modification :
12 juin 2008
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