grande sérénade
Val d’Enfer, l’été grille garrigues et
granit, l’asphalte devient molle tant le soleil la chauffe. Tes années tu
ne les comptes pas, la route du passé tu l’assembles avec le chemin qu’il
reste à parcourir,
en haut, t’attend la ville où tu as
froid. Tu observes ces tristes toits, la pluie qui les fait luire, ces
rues grises, le soleil apparaît parmi des échancrures, jamais plus de
zénith, de plomb sur les épaules,
la chape d’air est humide, collante à
tes chaussures les trottoirs éreintés par les pas des piétons semblent
privés de tout, d’herbes sèches, de thym, du violet des lavandes et des
volubilis,
pour voir les papillons tu ne lèves
plus souvent la tête et ton nez s’habitue aux effluves d’essence, mais
sous ton front serein l’image s’agrandit, laissant veiller les mots, en
attente,
où marche-t-elle vers toi, sachant
qu’aucun jardin ne pourra la combler en ton absence, qu’aucun destin ne
pourra offrir sa course sans ton âme insérée dans sa vie, chevalière
encore anonyme ?