Doucement
Mon Dieu, lorsque sur votre ordre,
la mort emmène un être cher,
que notre esprit est en désordre,
que la cendre saisit la chair,
les yeux levés au ciel,
l’âme en déroute, le coeur froid,
le ventre chargé de fiel,
nous sommes glacés par l’effroi.
Ainsi donc le Dieu d’amour,
en détruisant sa créature,
pèse de son poids le plus lourd
sur ce qui fait notre nature.
Mort, est-ce Lui qui t’envoie,
est-ce Lui qui sans pitié
sépare ceux qu’il a liés.
Est-ce Lui qui t’ouvre la voie ?
Reste la douleur souveraine,
l’horreur du départ en silence,
restent les pleurs, reste la peine
et notre injuste pénitence.
Notre esprit se refuse à croire
ce qui construit notre mystère
et qui, nous rendant à la terre,
nous ouvre une porte de gloire.