De
l’aurore au crépuscule.
J’ai vu l’aurore bleue au- dessus
des collines.
Sur la Saône jolie, où courait le
remeil,
En foulant les prés verts, parsemés
d’agnelines,
Quand tintinnabulait la clarine en
vermeil.
J’ai vu l’aurore d’or qui fait
fleurir la rose
Et brode le nimbus de purs festons
dorés,
Lorsqu’une douce bruine, en un
matin morose,
Saupoudre le jardin de grains
d’aiguail nacrés.
J’ai vu l’aurore en feu,
flamboyante au grand large,
Quand le soleil se lève, entre le
ciel et l’eau,
Où filtre le rayon aux couleurs de
litharge,
Enluminer la mer de miroirs au
galop.
J’ai vu l’aurore mauve, aux crêtes
de l’Espagne,
Mettre un manteau d’évêque aux
rochers de granit,
Et chasser la chimère au fond de la
campagne ;
Puis, le soleil vainqueur éclairer
le zénith !
J’ai même vu l’aurore, ô sublime
surprise,
A l’horizon si proche, embraser le
levant !
Splendeur ! Tons de pastel quand
l’orient s’irise
D’or, de bleu, rose et vert, grand
spectacle mouvant !
Je vois le crépuscule à la fin de
ma vie.
Il reste la tendresse et le banc
pour s’asseoir…
Mon cœur s’émeut encor, si la nuit
me convie,
Sous la lune d’argent, dans la
douceur d’un soir !