Un poème n’est rien que le bruissement d’ailes
D’un vol de papillons amoureux d’une fleur,
C’est comme un ru naissant égrenant son bonheur
En perles de rosée dans un bouquet d’airelles,
Un zéphyr caressant une harpe éolienne
En cherchant ses accords sur des alexandrins ;
C’est un grand soir de pluie répandant ses chagrins
Sur l’âme torturée d’une scie musicienne.
Ce sont des mots galants lancés à Colombine
Par un ami Pierrot à l’amour languissant,
C’est la plainte ulcérée d’un cœur compatissant
A tous les maux du monde que l’horreur abomine.
C’est un bateau qui tangue sur une mer sauvage
Hésitant sur le cap pour parvenir au port ;
C’est un soleil caché et que l’on croyait mort
Mais qui cherche à percer l’épaisseur d’un nuage.
C’est un baiser volé à la muse rebelle
Qui vous fait des avances et ne livre à regret
Que des bribes confuses de son divin secret
Au terme d’une nuit de doute et de querelle !
C’est un enfant qu’on berce avec foi et tendresse
Car il est l’émissaire de nos plus grands espoirs,
Il est le confident des moments les plus noirs,
Et l’ami qu’on invite aux heures d’allégresse.
Ce ne sont que paroles qu’on dit sans importance
Mais qui pourtant fleurissent notre morne univers,
C’est pour cela peut-être que l’énoncé d’un ver
Nous revient en mémoire en toute circonstance.