Ici, la roche est à vif, à nu,
rougeoyante, calcinée
Homme, quand tu erres en ces pays de
désespérance
Regarde cette tache de sang sur tes
mains …
Ces mains, où l’ignominie a broyé le cou
du prisonnier
Ces mains qui ont achevé les derniers
cris de ton frère d’armes.
Soudain, dans ce halo, un visage si pur,
de femme…
Homme, oui, toi Evgueni Kortovitch, le
regard glauque
Aux mains déchiquetées par la grenade
destinées aux autres, en face
Vois, cette main, ces mains de jadis,
pianiste,
Éclatement de la splendeur de son
timbre. Souffrance…
Mort, oui mort, et les os d’outre-tombe
qui s’agitent
Qui refusent le jus noir de ton sang,
pouvoir absolu.
Sur cette terre, emportée en ces fleuves
boueux
Toi, oui, toi Evgueni Kortovitch, vois
tes mains
Blanchies par les sels, les sels de
l’ossuaire sacré.
Soudain, cette femme qui brûle d’envie
d’effleurer,
Caresser, porter ses mains frêles si
pâles vers le Spectre de la transparence.
Homme, tes mains qui jadis, écrivaient
si vite les mots
A l’odeur sucrée, à l’odeur de tabac,
aux couleurs de vie.
Tes mains, ne sont plus qu’une souche
enfantant aux ténèbres.
Toi, oui toi, Evgueni Kortovitch, tu
danses de tes mains
Rongées, la valse froissée, des mouches
de la nuit.
Claude ASLAN