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DEMAIN
Entends-tu par la fenêtre ce murmure qui s’en vient par le
chemin ? L’entends-tu ? si lointain et qui semble s’approcher aussi léger
qu’un souffle d’air, aussi fugitif qu’un bruissement de soleil, aussi
transparent que la vague de brume quand l’aurore se lève…
L’entends-tu chanter Là-bas, plus loin ? Et qui pourtant
s’en vient comme une musique, comme un songe que je reconnais puisque
depuis toujours je m’en souviens.
Je t’attends chaque matin, chaque instant, chaque jour, tel
un éternel rendez-vous, une promesse écrite bien avant que je naisse et
que je sais, là, présente toujours, sans cesse, m’entraînant vers tous les
lendemains.
L’entends-tu ? Est-ce bien lui qui se dessine et
transparaît, il me semble le voir, là-bas, au-delà de la fenêtre ?
Sais-tu qu’aujourd’hui le violon a le droit de se
promener ? Oui le violon se promène et même, il se promène en bandoulière.
La sève et le vent dans les feuillages tintent et chantent.
Chaque souffle résonne, tellurique, bouge, propulse, invisible, une
mystérieuse dynamique à la source de l’univers qui se met en marche en ses
milliers de métamorphoses et de mouvements qui bouleversent et
bouleverseront toujours la moindre particule, le plus petit élément et
minuscule cellule sur la terre et dans le temps.
Entends-tu, ce matin, ce murmure ? C’est un cœur qui bat et
le monde repart en voyage et parle doucement de lui.
Écoute, écoute, ce rythme, cette respiration, cette
pulsion, ce jaillissement et cette énergie qui se geste en chaque veine
pour se faire sienne.
Écoute ce fleuve qui naît et renaît…
Écoute ce chant qui, de partout s’élève, venu de l’horizon,
là-bas, au-delà de la fenêtre. Par les chemins et par tous les sentiers
qu’il réunit, il s’en vient, présent et lointain, annonçant d’autres
matins, d’autres demain.
L’archet, ivre d’allégresse sur le violon recompose la
lumière, puissante, aérienne, immense au bout des doigts du musicien qui
la libère pour la faire éternelle.
Écoute, écoute cet instant, aujourd’hui, pour la première
fois il danse à l’orée des forêts…
Écoute, écoute ce bonheur, ce bonheur en lisière, libéré de
ses chaînes il se promène en bandoulière et jamais, non jamais, rien ne
saura l’arrêter.
Tu peux dormir tranquille mon petit ange, il m’a promis
qu’il serait là demain, et tous les autres demain, jusqu’à la fin du
monde…
Chantal MONIER
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