Claquant de maigreur, triste silhouette
Les bras étendus, les doigts écartés
Sous d'affreux haillons que le vent fouette
Elle reste ainsi de longs soirs d'été
Avant de mourir dans sa pauvreté
Dans son froc usé jusqu'à la couture
De vieillard des champs de riche culture
Et de temps en temps nous saisit d'effroi
Entre chien et loup, sa plate stature
Comme un roide corps d'un gueux sur la croix
Messier matinal, lève sa casquette
Accorde aux passants, son urbanité
Chasse les oiseaux d'un pan de manchette
Et puis il reprend sa passivité
Il veille il attend, morne et tourmenté
Que finisse enfin sa vaine aventure
Les jours les nuits, seul au même endroit
Il offre aux regards, sa piteuse allure
Comme un roide corps d'un gueux sur la croix
Bientôt viendra 1'homme à la charrette
Pour ôter les liens de sa parenté
Pour poser la faux contre son squelette
Et trahir ainsi son identité
Cruel moissonneur de 1'humanité
Faucheur exhibant son âpre ossature
Quand le fruit est mûr, riche la nature ?
C'est son spectre hideux que l'on aperçoit
Chevauchant sans fin, droit sur sa monture
Comme un roide corps d'un gueux sur la croix
Envoi:
Prince malotru, morte créature
Triste épouvantail, ombre des lémures
Il a pour vertu d'être un hors-la-loi
Qui nargue 1'humain, qui lui rend l'injure
Comme un roide corps d'un gueux sur la croix